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Carte blanche – La pompe à chaleur n’est pas toujours aussi verte qu’elle en a l’air

La ruée vers les pompes à chaleur est lancée, mais tous les choix ne se valent pas en matière de durabilité. Alors que l’Europe se prépare à un encadrement strict des PFAS, certaines installations risquent de devenir obsolètes plus vite que prévu. La vraie question n’est donc pas de savoir si nous devons nous électrifier, mais comment le faire intelligemment.

Pfas smoke

La pompe à chaleur est la star de la transition énergétique. Face à la hausse des prix de l’énergie et aux tensions géopolitiques, de plus en plus d’entreprises et de ménages optent pour l’électrification. Logique. Mais derrière ce succès se cache une réalité plus inconfortable.

Aujourd’hui, on investit dans une pompe à chaleur en pensant faire un choix d’avenir. Mais ce n’est pas toujours le cas. Toutes les pompes à chaleur ne sont pas durables.

L’angle mort du marché des pompes à chaleur

Un élément est rarement mentionné : une grande partie des pompes à chaleur fonctionne avec des fluides frigorigènes synthétiques (HFC, HFO). Ceux-ci appartiennent à la même famille chimique que les PFAS ou se dégradent en substances persistantes comme le TFA.

Ces substances ne disparaissent pas. Elles se diffusent dans l’environnement, contaminent les sols et l’eau potable, et y restent durablement.

Le paradoxe est frappant.

Nous remplaçons les énergies fossiles par des technologies qui créent un nouveau problème environnemental.

Olivier Van Aerde, CEO

L’Europe s’apprête à interdire les PFAS

C’est précisément pour cette raison que l’Europe se trouve à un tournant. Dans le cadre de REACH, l’Union européenne prépare une restriction large des PFAS — l’un des dossiers chimiques les plus importants de ces dernières décennies. L’entrée en vigueur est attendue entre 2026 et 2028.

L’enjeu est colossal. On estime que 157.000 tonnes de PFAS sont émises chaque année en Europe, pour atteindre 27 millions de tonnes sur 30 ans.

Le coût pour la société est tout aussi impressionnant : jusqu’à 1,7 trillion d’euros d’ici 2050 pour la dépollution.

Près de 23 000 sites (rouge) où une contamination PFAS a été détectée - Le Monde - Forever Pollution Project

Près de 23 000 sites (rouge) où une contamination PFAS a été détectée - Le Monde - Forever Pollution Project

Un risque financier sous-estimé

Pour les investisseurs — entreprises comme particuliers — il ne s’agit pas d’un débat théorique. Une pompe à chaleur est un investissement sur 15 à 20 ans, précisément sur la période où la réglementation va fortement évoluer.

La réglementation européenne sur les gaz fluorés est déjà stricte. Mais elle va encore se renforcer : réduction progressive des quotas, restrictions sur les nouvelles installations et exigences accrues en matière de maintenance et de contrôle.

Combinée à la future réglementation PFAS, la tendance est claire : les fluides synthétiques sont sous pression.

Conséquences concrètes :

  • hausse des coûts de maintenance
  • incertitude sur la disponibilité des fluides
  • obsolescence accélérée des installations

Si nous voulons être cohérents, il faut dès aujourd’hui déPFASer : éliminer les PFAS de notre environnement au lieu de repousser le problème.

Olivier Van Aerde

Une alternative existe — mais reste sous-exploitée

Le plus frappant ? La solution existe déjà.

Les pompes à chaleur utilisant des réfrigérants naturels comme le propane (R290) ou le CO₂ (R744) sont sans PFAS, échappent à la réglementation F-gas complexe et offrent d’excellentes performances.

Elles s’inscrivent pleinement dans la vision européenne à long terme.

Et pourtant, elles restent minoritaires. Ruben Van Heuverswijn, CSO chez Edergen, ajoute: 'La technologie est là. Le savoir-faire aussi. Il ne manque que le réflexe du marché.'

Le débat est encore trop souvent limité au rendement et au retour sur investissement.

Mais ce n’est pas toujours l’essentiel. La question n’est pas d’investir dans une pompe à chaleur. La question est : investit-on dans la bonne pompe à chaleur ?

Conclusion : une transition cohérente

La transition énergétique est indispensable. Mais elle doit être cohérente.

Réduire les énergies fossiles tout en créant de nouveaux problèmes environnementaux n’a pas de sens.

Les chiffres sont clairs.
La réglementation arrive.
Les alternatives existent.

Si nous voulons vraiment avancer, il faut arrêter de déplacer le problème — et commencer à le résoudre.

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